mercredi 22 octobre 2014

La messe à vau-l'eau

Il s'en pointe de partout
des clochers
piqués de croix
voire
de cloches.
Souvent muettes.
La messe ne peut être dite
partout.
Pas assez de prêtres.
Ici aussi?
Ben oui.
La vocation ne court pas les vallées
vocation religieuse, ça marche encore
mais sacerdotale...
Non, non, non.
Le Père Emile soupire
" Et comme les religieuses ne peuvent pas dire la messe... enfin, pour l'instant, hein!"
J'aime son rire qui crépite à la fin de la phrase.
Ecoutez-le dans "Instantanés du monde dans les églises marquisiennes" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

mardi 21 octobre 2014

Jour de fête

C'est à Hatiheu qu'on m'a donné le tuyau
samedi
il aurait mariage
à Taipivai.
C'était l'occasion
de me plonger
dans la vie religieuse
des Marquisiens.
Je me suis invitée.
Suis restée sagement dans mon coin
après avoir discuté
tout de même
avec
le Tumupure
la ministre de l'eucharistie
Monseigneur
mais pas les mariés
trop busy.
ça a duré des heures
il n'y avait pas de photo pendant l'office
pas de rires
et même des larmes
à la fin.
Bon.
J'étais moyen à l'aise
dans cette fête longue et grave
je regardais la vallée
tout autour de l'église aux murs de piliers
laissant voir les cocoteraies
j'ai repensé à Melville
qui a débarqué là
chez les guerriers
de Taipivai.
Et je me suis assez vite éclipsée
à la fin.
Ecoutez
on chante très bien
à Taipivai.
Vous entendrez la noce
enfin
les dévots
dans "Instantanés du monde dans les églises marquisiennes" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

lundi 20 octobre 2014

Kaoha

Il y a ceux qui débutent la journée
par un café
une cigarette
checker leurs mails
voire les trois
à la fois.
Il y a ceux qui commencent avec yoga 
thé vert
méditation
voire les trois
et il y a ceux qui démarrent
par la prière.
Ici
à la cathédrale de Taiohae
on ouvre les portes
dès potron-minet.
Et il y a une petite foule
venue boire les paroles
de l’évêque ou du prêtre en fonction.
Kaoha
on commence comme ça
et ça n'a rien à voir avec la première ligne de ce billet
même si ça se dit
quasi
pareil.
Bonjour.
Et toute la messe se poursuit ainsi
en marquisien
grâce à Monseigneur le Cléac'h
Un Breton
qui avait bien compris l'intérêt
de parler aux hommes
dans leur langue
maternelle.
Cet homme-là a laissé un souvenir ému
et unanime
dans l’archipel
Ecoutez les dévots
- et les autres-
évoquer son engagement pour la culture marquisienne
dans "Instantanés du monde dans les églises marquisiennes" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

Au nom de la vallée

Ils sont arrivés là
les missionnaires
et ils n'ont pas vraiment trouvé
un accueil
chaleureux.
Bon.
Père Emile
qui est prêtre
catholique
et
Marquisien
raconte joliment que
"lorsqu'on voit arriver des étrangers, hein, on peut être méfiant!"
En tout cas
ti pa ti pa
comme on dit
dans d'autres vallées
ils se sont installés
ils ont converti.
Pardon, je crois qu'on dit
"ils ont évangélisé"
c'est plus correct.
Bon.
Père Emile se sent un peu
parfois
comme les missionnaires du XIXe siècle
en voguant d'île en île
en crapahutant de vallée en vallée.
Ecoutez-le observer la place de la religion
dans son archipel
dans "Instantanés du monde, dans les églises marquisiennes" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

dimanche 19 octobre 2014

Lassitude et autre blasitude

Voit-on encore la beauté
quand on est tombé dedans
depuis qu'on est tout petit?
En allant en pirogue jusqu'au motu
en traversant un camaïeu plus riche qu'un nuancier Pantone
de bleus
tous
plus insolents
plus changeants
les uns que les autres
Clarisse souriait
et lançait à l'envi
des "c'est magnifique"
Mais ça
c'était peut-être juste
pour faire plaisir à mon micro.
Après la récolte des coquillages
Gabin et Clarisse se sont posés sur la plage
pas seulement par lassitude
après ce travail laborieux
mais en silence
juste
pour regarder
cette beauté
devant eux
dans laquelle ils vivent
depuis enfants.
Foin de blasitude!
Allez-y, en écoutant, déjà, cet "Instantanés du monde à Anatonu" (cliquez ici pour entendre l'émission de radio)
Photographie©Anne Bonneau

samedi 18 octobre 2014

Beauté instantanée

Le temps de se glisser dans la forêt
qui couvre le motu
de cheminer sur un sentier
magnifique
au sol couvert de feuilles sèches
qui font un bruit somptueux sous le pas
le temps de trouver le site
cette petite vallée de corail
où Clarisse vient chercher les coquillages
le temps de croiser un cochon sauvage
poursuivant sa route vers la source
et Clarisse avait trouvé une liane
que machinalement elle avait enroulée
pour se faire une couronne.
La même précieuse nonchalance
qu'elle a
pour cueillir une fleur d'hibiscus
à piquer dans son chignon.
Beauté instantanée.
Qui lui inspire
ses créations
de tifaifai
ou de parures de coquillages.
Du grand art.
Ecoutez-là parler de sa passion pour la nature qui l'entoure
et pour ce que savent faire
ses mains.
dans "Instantanés du monde à Anatonu" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

vendredi 17 octobre 2014

Allons à la mer!

Quand Clarisse m'a dit
"demain, je vais ramasser des coquillages"
je me suis dit chic
ça va être un peu les vacances!
Les femmes vivent de ça
ici
de la fabrication
des colliers de coquillages.
Alors je m’imaginais
une virée genre
ballade sur la plage
avec les yeux rivés sur le sable.
Yvette fronçait le nez
ne voulait pas y aller
"ça fait mal au dos!"
Je la trouvais un peu délicate.
Evidemment.
On s'est retrouvées le lendemain
sur le motu
dans une sorte de carrière
que Clarisse grattait
pour extraire
le sable
et les minuscules pupus
ces coquillages à collier
dissimulés
dans le corail aggloméré.
Tout
sauf une partie de plage.
Ecoutez-la gratter, dans "Instantanés du monde, à Anatonu" (cliquez ici pour entendre le boulot de dingue qu'est l'extraction des coquillages...)Photographie©Anne Bonneau