vendredi 31 octobre 2014

Travailler plus

J'ai failli m'étouffer
avec Tanea
quand l'air de rien
tout en coupant son taro
il m'assure
qu'ils ne peuvent pas
faire QUE ça
QUE du taro.
Non, il faut travailler plus
dit-il
en ajoutant
"Il l'a bien dit, monsieur Sakouzi! Faut travailler plus!"
Et il s'étrangle de rire.
Travailler plus
une évidence ici
si l'on veut pouvoir manger.
Mais pas que.
Pour gagner plus aussi.
" à cause de ça"
dit Tanea
en regardant l'ampoule électrique
au-dessus de sa tête.
Payer des choses
qui n'existaient pas
avant
pas très longtemps
auparavant.
Ecoutez-le rire. Mais pas que. dans "Instantanés du monde dans les tarodières des Australes" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau



jeudi 30 octobre 2014

Cadran solaire

Ils viennent ici à quatre heures
le matin.
il fait encore nuit
ils portent une lampe frontale
et bossent
jusqu'à ce que le soleil descende
d'abord sur la montagne
sur la cime des palmiers
et quand il menace d'atteindre
la plantation de taro
hop
ils filent.
"ça tape trop!"
Il est alors
six heures et demi
l'heure d'aller prendre le café
et de s'occuper des cochons
avant la pêche
C'est dur?
"Non, on travaille entre copains. et c'est beau tout autour. On peut regarder les taros pousser."
Ecoutez ces jeunes gens
calés sur le soleil
dans "Instantanés du monde, dans les tarodières des Australes" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

mercredi 29 octobre 2014

Oh mon taro ooooooh!

J'aurais pu rester des heures
dans les tarodières
rien que pour la beauté
des feuilles
quand une rafale de vent
les transforment en océan.
J'aurais pu rester des heures
pour voir les gouttes de pluie
des averses brèves
rouler en mercure
et rebondir au creux.
J'aurais pu rester des heures
pour écouter le son de nappe
que l'on secoue
quand elles s'égouttent
avec l'écho
des feuilles de bananiers
derrière
et les abeilles
sur les nénuphars
des petits canaux
coulant doux
entre les herbes grasses.
Jusqu'à ce qu'un gars se pointe
avec sa débroussailleuse.
Bon
faut bien y aller, hein,
Ecoutez les tarodières vous parler
dans "Instantanés du monde dans les tarodières des Australes" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

mardi 28 octobre 2014

Un truc de fille?

Il n'y avait pas beaucoup de filles
dans les tarodières
que j'ai traversées.
Et d'ailleurs
il suffisait que je dise
"ah, ce matin à cinq heures, j'étais dans la tarodière"
pour qu'on ouvre des yeux ronds
style
que j'aurais pu y croiser le loup.
Apparemment c'est pas bien
pas un truc de fille.
Bon.
J'y ai croisé de tout
pas le loup
mais
un chien jaune
qui n'aboie pas ( pas bon pour le son)
et mord direct (pas bon tout court)
dixit son maître
qui par chance
n'était pas loin.
Des gars de tout âge
et de tous gabarits
des jeunes
des vieux
et Tehei.
Une fille
et même une belle fille
qui ne s'en laisse pas conter
et bosse
aussi
aux côté de son père
dans la tarodière.
"Quand on n'a pas fait assez de garçons, ça finit comme ça : les filles nous aident, à la tarodière"
Ecoutez-les tous évoquer "la tarodière"
c'est un monde
dans "Instantanés du monde, dans les tarodières des Australes" (cliquez ici pour trouver l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

lundi 27 octobre 2014

Petit exercice matinal

Ils viennent avant le café
à quatre heures du mat'
et font leur "sport"

en plein air.
Donnez-leur une bêche
une acre de terre lourde
gorgée d'eau
et ils s'éreintent.
Enfin non
ils entretiennent leur forme
dans les champs
de taro.
Je ne sais pas si c'est parce que je suis là
à les regarder
qu'ils optent pour une telle cadence
et que d'habitude
ils la jouent plutôt
tranquillou.
Allez savoir.
En tout cas
ils soufflent comme des locomotives
entre les questions
que je leur pose
et avouent
qu'ils n'ont pas besoin de pirogue
-le sport national-
pour s'entretenir.
Ecoutez-les, dans "Instantanés du monde dans les tarodières des Australes" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

dimanche 26 octobre 2014

Jour de fête, 3

Encore la fête?!
Promis, après celle-là j'arrête.
Jusqu'à la prochaine.
Faut dire
que ça n'arrive pas si souvent
les mariages
dans les vallées marquisiennes.
On ne se marie pas quand on veut
on regarde d'abord les plannings de rotation
du prêtre.
Quand est prévue sa venue
et on attend.
"Les gens ont de la patience, ici, alors ça se passe bien"
dixit Monseigneur.
Ecoutez-le dans "Instantanés du monde dans les églises marquisiennes" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

samedi 25 octobre 2014

Faute de grives


Elles ne finissent pas de me surprendre
ces mini-églises
maxi-chapelles
des vallées.
Fermées
ou
ouvertes sur le vide.
On peut entrer
ou pas.
On n'y dit pas la messe
le prêtre ne vit pas là.
Alors
on a instauré ici
des Tumupure.
De Tumu, le tronc
et Pure, la prière.
J'ai demandé bêtement
"des sortes de diacres?"
On m'a dit non.
Monseigneur a tenu à spécifier
que les Tumupure c'est mieux pour ici.
Parce qu'un Tumupure peut aussi être une femme
et quand il en a marre
ou qu'il est malade
ou vieux
ou les trois
on peut en changer.
Un diacre, non.
Ce sont elles
et eux
qui font battre les cœurs
de ces minuscules
maisons de Dieu
au quotidien.
Ecoutez-les, dans "Instantanés du monde dans les glises marquisiennes" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau