mercredi 20 août 2014

Instantanés sensibles

Quand Don est arrivé
dans les années 70
sur l'île de Tubuai
il fallait bien
qu'il fasse quelque chose.
Il s'est dit
tient
je vais aller à la pêche
avec ma belle-soeur
et apparemment
c'était pas une bonne idée.
Il s'est dit
tient
je vais faire des photos.
Oh
il n'en fallait pas des tonnes
une photo d'identité
par ci
par là
d'un mariage
d'un bébé.
Aujourd'hui
il possède
une collection
de visages
passionnants.
Tous nimbés
des lumières
et des voiles
du ciel de Tubuai
dans leur
plus simple
expression.
Ils vous absorbent
Don se laisse prendre
aussi
écoutez-le dans "Instantanés du monde sous le ciel de Tubuai" (cliquez ici, vous l'entendrez en parler...)
Photographie©Anne Bonneau

mardi 19 août 2014

Face au large

Elle regarde l'océan
d'un peu loin
au bout de l'allée de sable.
Sans trop s'approcher
on ne sait jamais.
C'est là
que Don s'est échoué
en cours de tour du monde
c'est là qu'il a décidé
d'arrêter son périple
de se poser.
Il a construit sa maison
un peu loin de la rive
au cas où
l'envie de repartir
lui reprendrait?
Pas sûr...
Ecoutez-le
dans "Instantanés du monde sous le ciel de Tubuai" (cliquez ici pour entendre sa vie au long cours)
Photographie©Anne Bonneau

lundi 18 août 2014

Jack et moi

Je n'ai fait que passer
à Tubuai.
Enfin
j'ai passé moins de temps
qu'ailleurs.
Je ne voulais pas trop
je voulais plutôt
plutôt
aller
plus à l'ouest
plus au sud
plus
là-bas.
Mais ici
quoi?
Evidemment j'ai trouvé
des gars avec des chevaux
et là
un type
aux allures de Jack Nicholson
posant
devant un photographe
anglophone
en hurlant
tel un joker.
Si si.
C'est Don.
Ecoutez-le
il parle
quand il ne hurle et ne rit aux éclats
dans "Instantanés du monde sous le ciel de Tubuai" (cliquez ici vous entendrez l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

samedi 16 août 2014

Longue nuit


Elle est comme ça
la fleur d'ylang
si vous voulez lui extraire
tous ses parfums
il ne faut pas la lâcher
jour
et nuit.
Il sourit encore
le gars qui va devoir
s'en occuper
mais ça ne durera pas.
C'est que la belle
est une dure à cuire.
Pour l'heure
ces fleurs-papillons sommeillent
sur des lits de palmes tressées
mais bientôt
elles seront versées
dans la cuve
et l'homme
lui
devra pousser le feu
à des températures démoniaques
chauffer
chauffer
chauffer encore
pour voir
l'essence perler.
Des effluves
trop forts
pour être agréables
emplissent petit à petit
l'auvent de tôle
où crépite le pluie.
Dans un coin
un sac de jute tendu
sur deux piquets
fait office de lit
pour l'homme de quart.
24 heures
au pied de l'alambic.
chauffant
surveillant
sans
cesse.
Ecoutez les forçats du parfum
dans "Instantanés du monde à Combani" (cliquez ici pour partager leur longue nuit)
Photographie©Anne Bonneau

vendredi 15 août 2014

Femme à l'enfant

Elles remontent la pente
en soufflant
le panier plein
de fleurs d'ylang
calé sur la tête
et à bout de bras
deux salouvas
noués au quatre pointes
emplis
de fleurs
aussi.
Elles peuvent ramasser ainsi
de douze à vingt kilos
chaque matinée.
Deux chiffres
notés
sur un carnet
au crayon de papier
par Papa Abdou.
Il n'est pas permis
de cacher son petit dernier
au coeur
des fragrances.
Prière de le déposer
avant
la pesée.
Ecoutez-les gazouiller
et les femmes
chantonner
dans "Instantanés du monde à Combani" (cliquez ici pour entendre le son du parfum)
Photographie©Anne Bonneau


jeudi 14 août 2014

A saisir

C'est à l'aurore
que l'on charge
les paniers de coco
sur les têtes.
Vite.
Tous les quinze jours
on cueille fissa
les fleurs
de l'ylang-ylang.
Vite.
Alors que Papa Abdou
répond à mes trop nombreuses questions
ses lèvres bougent
au rythme de ses doigts
causant
et
cueillant
sans cesse.
Entassant les fleurs
dans son chapeau
qu'il a retiré
machinalement
quand ses mains
étaient pleines.
Vite.
Cette fleur-là
ne permet pas
de digressions
sitôt cueillie
sitôt portée au feu
au flanc de montagne
sous l'abri de tôle.
Les paniers de coco
restent là
les cueilleuses
partent à la rivière
achever la lessive.
Les hommes prendront le relais
de la fleur
et du feu.
Vite.
Ecoutez-les dans "Instantanés du monde à Combani" ( cliquez ici pour entendre le rythme de l'ylang)
Photographie©Anne Bonneau

mercredi 13 août 2014

Tu seras un arbre, mon fils

Quand il était petit
son père a dit
à Papa Abdou
de planter.
Un arbre
ou deux
juste de quoi
prévoir
la vie
pouvoir
être nourri.
Depuis
Papa Abdou
a planté
des centaines d'ylang-ylang.
Bon an mal an
l'ylang l'a nourri.
Aujourd'hui
l'alambic est obsolète
les cueilleuses sont rares
l'ylang ne nourrit plus.
Mais quoi.
Que faire d'autre
quand les arbres de votre vie
sont là
étagés sur des hectares
de montagnes
que vous avez défrichées.
Les couper?
Commencer autre chose?
Allons...
Sous les arbres
les enfants jouent
avec les fleurs-papillons d'ylang.
Au-dessus
des cocotiers
des arbres à pain
nourrissent
encore
Papa Abdou.
Ecoutez-le dans "Instantanés du monde à Combani" (cliquez ici pour entendre les arbres bruisser, sous les mots des hommes)
Photographie©Anne Bonneau