mardi 23 septembre 2014

A l'oreille et à l'œil

Brownie et moi
on se ressemblait étrangement
ce jour-là
sur le site de la vallée de Hatiheu.
Le chien d'Alphonse levait l'oreille
à la moindre volaille passant par là
et moi
je levais l'autre
d'oreille
à l'écoute du moindre volatile
qui aurait pu
rendre vivant
cet endroit
déserté.
Il y avait bien Alphonse
qui n'écoutait
lui
que ses yeux.
A l’affût
du moindre pétroglyphe
à découvrir
sous les mousses.
De temps en temps, Alphonse parlait.
Et alors
on l'écoutait
Brownie et moi.
Brownie l'écoutait
quand il se faisait siffler
à courir après les coqs.
Et moi
je buvais ses histoires
quand il vous faisait découvrir
en trois lignes
un poisson
une pirogue
une épopée
un drame
une revanche
une poursuite
une rencontre.
Bref
la vie, quoi
en trois coups de traits
sur un rocher moussu.
Ecoutez Alphonse et ses pétroglyphes
dans "Instantanés du monde sur le Tohua Kamuihei" (cliquez ici pour entendre comme Brownie est sage, et l'histoire bien vivante...)
Photographie©Anne Bonneau

lundi 22 septembre 2014

Allumez le feu

Il s'appelle Alphonse
c'est son nom de baptême
et il ajoute aussi
son nom marquisien
qui commence par Tioka
et dure plusieurs secondes, après.
Je cligne des yeux et enregistre.
Je ne le répéterai pas.
C'est long
c'est beau
ça sonne superbe
et ça veut dire
"celui qui allume le feu vers trois heures du matin"
Un peu tôt, non?
Pas tant que ça
si vous voulez avoir le ventre plein.
Alphonse Tioka est chargé du four marquisien
et il connait aussi
des histoires
incroyables
aussi longues
que son nom.
Il vous les raconte
dans sa vallée marquisienne
jusqu'à ce que la nuit
envahisse
le peu
de lumière
filtrant ici.
Et hop, trois heures du matin
l'heure du feu
Ecoutez-le dans "Instantanés du monde sur le Tohua Kamuihei" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

dimanche 21 septembre 2014

Y'a du rab?

C'est le deal
les hommes vont à la pêche
trouvent des bénitiers
qui rempliront les caisses
de la paroisse
les femmes
elles
les sustentent
à leur retour.
ça creuse, la pêche, en vérité.
ça creuse quand on plonge non-stop trois heures d'affilée
et même
quand on essaie de ne pas être malade
sur une pirogue
qui tangue
trois heures d'affilée.
Au menu de ce retour de pêche
riz
spaghettis à la viande
sauce
vache qui rit
et café au lait.
Y'a du rab?
Je n'ai jamais autant dévoré.
Ecoutez les rires des gars
autour de ce festin
bien mérité
dans "Instantanés du monde, dans les eaux sacrées de Raivavae" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

samedi 20 septembre 2014

Les pieds dans le plat

L'eau est claire
et vive
et très vive, même
genre
à vous lancer des paquets
au-dessus de la pirogue
sans frémir.
Les pêcheurs m'avaient prévenue
je leur avais répondu
"Ok, je prendrais un sac poubelle pour me couvrir"
Ils avaient rigolé
et m'avaient dégoté
un très très grand ciré
genre
que je tenais dedans
à l'aise
moi
et mon sac à dos.
Que je le regrettais pas
quand les flots
se firent trop tumultueux
pour une Anne Bonneau et son micro.
Bardée sous mon ciré
les pieds dans les mollusques
chauds
que Vincent débarrasse fissa de leur coquilles
"sinon on va couler en vitesse!"
j'ai pris le tempo
lever les pieds
quand les plongeurs
déversent
les brassées de coquilles
acérées.
ça fait des beaux sons
en vérité
écoutez-les, dans "Instantanés du monde, dans les eaux sacrées de Raivavae" ( cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

vendredi 19 septembre 2014

Bel et bien beau et bon

Ils plongent à cinq mètres de fond
pour aller chercher
les bénitiers
pour la paroisse.
Pas pour l'eau bénite
non
mais pour les manger
les vendre
au bénéfice de la paroisse.
Ca dure des heures
cette pêche
et forcément
ça donne faim
à la fin.
Alors Vincent
découpe délicatement
des lamelles
de ces merveilleuse bestioles
aux lèvres bleues iridescentes
des petites lamelles
blanches et tendres
arrosées d'un jus de citron
qu'il a pris la peine
de jeter au fond
de la pirogue
avant de prendre l'eau.
Manger ou admirer
telle est la question.
Ecoutez Vincent
parler de son goût
pour les bénitiers
dans "Instantanés du monde, dans les eaux sacrées de Raivavae" (cliquez ici pour entendre les gars parler)
Photographie©Anne Bonneau

jeudi 18 septembre 2014

Les heures dissoutes

Le temps est-il soluble dans l'eau?
Oui à coup sûr!
Qui n'a jamais perdu le fil des heures
le regard collé à l'océan
aux remous d'une rivière
aux accrocs glacés d'un ruisseau
(mais si, rappelez-vous l'été de vos huit ans!!!)
J'en ai perdu des tas, comme ça.
D'heures.
Enfin, perdues, je dirais pas ça...
Bref.
En tout cas
quand les gars m'ont dit
on va à la pêche
on sera parti une heure
je me suis dit
oui
bien sûr
je vous crois.
On est resté quatre heures
sur la pirogue.
Qu'est-ce que j'ai fait durant quatre heures?
Enregistré
pris quelques photos
discuté
rigolé
rangé le magnéto
et puis je l'ai ressorti
reposé trois questions
et puis bon
j'ai demandé à Vincent
de me filer un couteau
et de m'apprendre, quoi
à ouvrir les bénitiers.
Il n'a pas voulu.
Trop dangereux.
Ok
alors juste
à les étriper.
Ça d'accord.
J'ai étripé
durant des heures
( je sais, "étripé" n'est pas le bon terme, ces bêtes-là n'ont pas de tripes, mais des poches d'encre, à extraire DÉLICATEMENT  oui, oui, je m'applique, oh)
des heures
dissolues
dans le bleu
(et le sépia des poches qui crèvent sous le couteau malencontreux. OUI je m'applique, oh!)
Ecoutez, ce qui se passait
entre mes étripages
dans "Instantanés du monde, dans les eaux sacrées de Raivavae" (cliquez ici, vous entendrez l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

mercredi 17 septembre 2014

Le sourire de l'emploi

Lui, c'est Gabin.
Un accro de la pirogue.
Vous voyez son sourire
dès qu'il est au bord de l'eau?
Bon
en même temps
pas compliqué de passer sa vie
au bord de l'eau
quand on vit
à Raivavae :
un caillou vert
entouré de mille bleus.
Vous voyez son sourire?
Eh bien imaginez, le rire qui va avec
un rire
un rire
une cascade de rire
de quoi faire blêmir
des colonies d'oiseaux
de quoi faire pâlir
les éclats d’écume sur le récif
un rire
à la mesure du sourire que vous voyez là
un rire qui cache aussi
les mots qu'on ne peut dire
qui masque
ce qui se tait.
Suffit juste de décrypter
dans les échos de ce rire ravageur.
Ecoutez-le
je vous ai tout laissé
de la déferlante à l'ultime résonance
dans "Instantanés du monde dans les eaux sacrées de Raivavae" (cliquez ici pour entendre le rire de Gabin, l'homme à la pirogue)
Photographie©Anne Bonneau