mercredi 4 mars 2015

Ils étaient vingt et cent

Dans l'enfance de Paco
il n'y a pas si longtemps
ils étaient vingt et cent
les chevaux
sur son île natale
d'Hiva Oa.
Ils étaient vingt et cent
quand les mariages
réunissaient tous les villages
dans une vallée
et où les garçons
avaient capturé
les plus beaux étalons
pour alpaguer
le coeur des filles.
C'était hier.
C'était ici.
C'était un pays
où un cheval est un cheval
pas un terme de mécanique.
Aujourd'hui?
Aujourd'hui, il en reste 3 ou 400, des chevaux sauvages, sur l'île de Paco.
Pour ce qui est du coeur des filles
et des vallées
écoutez-le
en parler
dans "Instantanés du monde, au ranch Hamau" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

lundi 2 mars 2015

En vrai ou à la télé?

Comment vous aimez voir les choses, vous?
En vrai ou à la télé?
Si jamais
si un jour plutôt
vos pieds vous mènent
aux Marquises
eh
faut savoir
qu'il faudra vous en servir
pour découvrir les îles
en vrai
avec les parfums
la fraîcheur ou l'aridité
les cahots des crêtes
ou la boue des vallées
bref
tout ce qui vous fait
des petites madeleines
pour le reste de la vie.
Car il n'y a pas mieux qu'un sentier
à parcourir
à pied
ou à cheval
au rythme du pas
ou du sabot
comme dit Paco.
Ecoutez-le, dans "Instantanés du monde au ranch Hamau" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau


vendredi 27 février 2015

T'es jeune, tu bouges!

On m'avait dit
vient samedi matin
vers cinq heures
y'aura du monde
c'est jour de marché.
Bon.
Y'avait du monde
c'est sûr
un peu plus que d'habitude.
Une poignée
au lieu
d'une pincée.
Trois quatre pêcheurs
qui allaient pouvoir nourrir toute la baie
et peut-être même quelques vallées éloignées
avec leur prise de la nuit.
Quatre cinq pêcheurs
dont
Sandra.
Sandra
c'est un rayon de soleil sur le petit quai.
Je vous en ai déjà parlé .
Sandra bosse au snack du petit quai
le jour
et ça ne l’empêche pas
d'aller à la pêche
la nuit.
"T'es jeune! tu bouges!"
dit-elle dans un éclat de rire
et quand elle bouge
c'est comme un scintillement
sur le quai
à l'aurore.
Ecoutez-la
elle
et d'autres jeunes
qui ne restent pas les deux pieds sur le même radeau
dans "Instantanés du monde dans la baie de Taiohae" (cliquez ici et vous l'entendrez)
Photographie©Anne Bonneau

mercredi 25 février 2015

A bras ouverts

Des bras ouverts
c'est comme ça
qu'elle voit
la baie où elle vit
Déborah.
Des bras ouverts
qui l'ont accueillie
il y a trente ans 
alors qu'elle débarquait
de Tahiti
où elle a grandi.
Depuis
bien d'autres 
lui ont ouvert les bras
ici
à Taiohae.
Une habitude de la région?
Quand je suis arrivée à Nuku Hiva
je voulais bien-sûr rencontrer Déborah
dont on m'avait tant parlé.
J'ai débarqué
toqué à la porte de son bureau
Déborah a juste terminé sa conversation téléphonique
en me faisant signe de m'asseoir.
Elle ne m'a pas dit
"Voyez avec mon assistante"
ou
"Attendez, je regarde mon agenda"
en feuilletant pendant de longues minutes d'un air contrit.
Non non non
elle m'a souri
a raccroché
et aussitôt
notre échange a commencé.
Il a duré longtemps
plus que n'en peut capter mon micro.
Les bras ouverts
je pense qu'on peut dire
qu'elle m'a accueilli
comme ça.
Ecoutez-la
elle est passionnante
et passionnée
par son pays
dans "Instantanés du monde dans la baie de Taiohae" (cliquez ici, vous l'entendrez)
Photographie©Anne Bonneau

lundi 23 février 2015

Belle baie, bonne baie

Je ne sais pas si c'est parce que je rentre tout juste de Bombay
que j'ai souhaité
là tout de suite
faire cette émission
sur la baie de Taiohae.
J'adore la baie de Bombay
j'y passerais ma vie.
Mais

quand je retrouve
la baie de Taiohae
je me dis
oui
oui
là aussi
je passerais bien ma vie!
Et je suis d'autant plus sensible
aux propos de Déborah
qui l'adore
sa baie
de Taiohae
et qui craint
peut-être qu'un jour
elle ne ressemble
à la belle
à la bonne
baie
de
Bombay.
Ok, ok, j'exagère!
Mais...
Ecoutez l'attachement
à cet environnement
exceptionnel (et là, je n'exagère pas!)
et la crainte
de ce que cela pourrait
devenir
dans "Instantanés du monde, dans la baie de Taiohae" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

mercredi 18 février 2015

L'essence du sacré

Elle veut absolument m'emmener le voir
Poe
le tiki
d'Upeke.
Même s'il faut braver la brousse
les bestioles
les rochers dissimulés
qui font trébucher.
En vérité
elle ne l'appelle pas "le tiki"
mais "le caillou"
juste
"le caillou".
Alors quoi
tout ça pour voir un caillou?
C'est plus le symbole
que le "caillou" lui-même
qui intéresse Poe.
le lieu en fait
qui la fait vibrer.
Car le sacré
n'est ni dans la pierre
ni même
dans le symbole.
Mais dans ce lieu
pris entre terre et vent
entre air et océan
dans les ombres des arbres à pain
le pied glissant sur la mousse
le jarret lacéré de feuilles
les éclats de soleil entre les lianes des banyans.
Le sacré de Poe
il est là
dans les gestes de la danse
qu'elle accomplit
en mémoire
de tant d'autres Poe
qui les ont tracés là
avant.
Un sacré
éphémère
et perpétuel.
Ecoutez cette danseuse
aux prises entre ses sacrés
dans "Instantanés du monde à Upeke" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

lundi 16 février 2015

Mémoire du geste

Elle se souvient de tout
Marie-Victoire
du nom des Soeurs, à Sainte Anne
celles qui lui apprenaient
à troquer son fruit à pain
contre les tartines de beurre le matin.
Qui lui disaient
comment bien parler
le français.
Comment se tenir
se vêtir.
Tout.
Tout
sauf la danse.
Mais
mais
elle se souvient
pourtant
des gestes appris
en cachette des grand-parents
qui lui frappaient les jarrets
s'ils la prenaient à danser.
Les gestes
pourtant
sont restés.
Et les chants aussi.
Une mémoire du corps
qu'elle transmet
à ses enfants
ses petits-enfants
qui ont compris
enfin
que ces gestes immémoriaux
pouvaient
aussi
les enrichir...
Ecoutez la passation
entre chants et rires
dans "Instantanés du monde à Upeke" (cliquez ici pour entendre l'émission)
et régalez-vous du beau parler de Marie-Victoire
déclarant
"Ce sont eux, mes petits-enfants, qui portent la danse maintenant"
Photographie©Anne Bonneau