vendredi 24 octobre 2014

Chez ces gens-là, on prie

Il n'y a pas que la messe
dans la vie
des Marquisiens.
Il n'y a pas que l'église
où l'on prie.
Monseigneur vous le dit
"Dans le Pacifique, on prie. En public, eh oui, pourquoi pas? On prie"
Et tout le monde d'en rajouter
avant un match de foot
on prie
avant un spectacle
on prie
avant un meeting politique
on prie
et après aussi
on ne sait jamais.
Avant la pêche
la chasse
un déplacement
un bon repas
ou un frugal pique-nique
on prie.
Ecoutez-les prier
avec la voix
les voix
les chants
les instruments
et l'âme.
Dans "Instantanés du monde, dans les églises marquisiennes" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

jeudi 23 octobre 2014

Jour de fête, 2

Quoi deux jours de fête dans la semaine
c'est la fête!
C'est la Fête,
tient
soyons fous.
Et à votre avis
qu'est ce qu'elle regardent
ces jeunes donzelles?
LA MARIÉE
ben oui.
J'en  discutais avec Tata
la "ministre de l'eucharistie"
oui je sais c'est un titre compliqué
elle me l'a dit aussi en marquisien
mais pour moi
c'est aussi compliqué.
Bref
Tata
assurait
que ce n'étaient pas les mariages ici
qui endettaient le peuple.
Pas si fréquent.
Peut-être pour ça
que les fillettes
regardent
avec tant d’intérêt.
Rare
donc
désirable.
Ecoutez-les dans "Instantanés du monde dans les églises marquisiennes" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

mercredi 22 octobre 2014

La messe à vau-l'eau

Il s'en pointe de partout
des clochers
piqués de croix
voire
de cloches.
Souvent muettes.
La messe ne peut être dite
partout.
Pas assez de prêtres.
Ici aussi?
Ben oui.
La vocation ne court pas les vallées
vocation religieuse, ça marche encore
mais sacerdotale...
Non, non, non.
Le Père Emile soupire
" Et comme les religieuses ne peuvent pas dire la messe... enfin, pour l'instant, hein!"
J'aime son rire qui crépite à la fin de la phrase.
Ecoutez-le dans "Instantanés du monde dans les églises marquisiennes" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

mardi 21 octobre 2014

Jour de fête

C'est à Hatiheu qu'on m'a donné le tuyau
samedi
il aurait mariage
à Taipivai.
C'était l'occasion
de me plonger
dans la vie religieuse
des Marquisiens.
Je me suis invitée.
Suis restée sagement dans mon coin
après avoir discuté
tout de même
avec
le Tumupure
la ministre de l'eucharistie
Monseigneur
mais pas les mariés
trop busy.
ça a duré des heures
il n'y avait pas de photo pendant l'office
pas de rires
et même des larmes
à la fin.
Bon.
J'étais moyen à l'aise
dans cette fête longue et grave
je regardais la vallée
tout autour de l'église aux murs de piliers
laissant voir les cocoteraies
j'ai repensé à Melville
qui a débarqué là
chez les guerriers
de Taipivai.
Et je me suis assez vite éclipsée
à la fin.
Ecoutez
on chante très bien
à Taipivai.
Vous entendrez la noce
enfin
les dévots
dans "Instantanés du monde dans les églises marquisiennes" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

lundi 20 octobre 2014

Kaoha

Il y a ceux qui débutent la journée
par un café
une cigarette
checker leurs mails
voire les trois
à la fois.
Il y a ceux qui commencent avec yoga 
thé vert
méditation
voire les trois
et il y a ceux qui démarrent
par la prière.
Ici
à la cathédrale de Taiohae
on ouvre les portes
dès potron-minet.
Et il y a une petite foule
venue boire les paroles
de l’évêque ou du prêtre en fonction.
Kaoha
on commence comme ça
et ça n'a rien à voir avec la première ligne de ce billet
même si ça se dit
quasi
pareil.
Bonjour.
Et toute la messe se poursuit ainsi
en marquisien
grâce à Monseigneur le Cléac'h
Un Breton
qui avait bien compris l'intérêt
de parler aux hommes
dans leur langue
maternelle.
Cet homme-là a laissé un souvenir ému
et unanime
dans l’archipel
Ecoutez les dévots
- et les autres-
évoquer son engagement pour la culture marquisienne
dans "Instantanés du monde dans les églises marquisiennes" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

Au nom de la vallée

Ils sont arrivés là
les missionnaires
et ils n'ont pas vraiment trouvé
un accueil
chaleureux.
Bon.
Père Emile
qui est prêtre
catholique
et
Marquisien
raconte joliment que
"lorsqu'on voit arriver des étrangers, hein, on peut être méfiant!"
En tout cas
ti pa ti pa
comme on dit
dans d'autres vallées
ils se sont installés
ils ont converti.
Pardon, je crois qu'on dit
"ils ont évangélisé"
c'est plus correct.
Bon.
Père Emile se sent un peu
parfois
comme les missionnaires du XIXe siècle
en voguant d'île en île
en crapahutant de vallée en vallée.
Ecoutez-le observer la place de la religion
dans son archipel
dans "Instantanés du monde, dans les églises marquisiennes" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

dimanche 19 octobre 2014

Lassitude et autre blasitude

Voit-on encore la beauté
quand on est tombé dedans
depuis qu'on est tout petit?
En allant en pirogue jusqu'au motu
en traversant un camaïeu plus riche qu'un nuancier Pantone
de bleus
tous
plus insolents
plus changeants
les uns que les autres
Clarisse souriait
et lançait à l'envi
des "c'est magnifique"
Mais ça
c'était peut-être juste
pour faire plaisir à mon micro.
Après la récolte des coquillages
Gabin et Clarisse se sont posés sur la plage
pas seulement par lassitude
après ce travail laborieux
mais en silence
juste
pour regarder
cette beauté
devant eux
dans laquelle ils vivent
depuis enfants.
Foin de blasitude!
Allez-y, en écoutant, déjà, cet "Instantanés du monde à Anatonu" (cliquez ici pour entendre l'émission de radio)
Photographie©Anne Bonneau