vendredi 30 décembre 2016

Nés par hasard

Ce n'est pas grâce aux richesses du sol
Ni grâce au ciel
Ni grâce au climat
Ni même à la situation géographique
que l'on fabrique ici
depuis des générations
ces carreaux de ciment.
Non, c'est juste qu'un jour
un marchand Chettiar
a dû en voir
quelque part
dans ses pérégrinations
et a aimé cela.
En Europe?
en Inde, importés dans les malles des British de passage?
Et a eu envie, d'en daller son palais d'Athangudi
c'est maintenant une tradition ici
ces carreaux de ciment
comme chez ma grand-mère.
Chez la vôtre aussi, il y en avait?
Ils sont presque pareils, dans le Tamil Nadu
presque
avec un secret de fabrication, en plus...
Photographie©Anne Bonneau

mercredi 28 décembre 2016

D'eau et de plumes...

"Un cormoran c'est pas une poule! On  le rentre pas le soir à la maison!"
ça l'énerve, Yang Ying, de voir se dodeliner ses cormorans, de l'embarcadère à leurs nids : dix mètres de ponton que les volatiles franchissent en dix minutes au bas mot
Alors il les attrapent derrière le crane et les porte
ils se balancent au bout de ses bras, tranquilles
Du coup, toute la famille Zhu vit sur l'eau, la plupart du temps, comme leur famille de cormorans
Une petite barque équipée pour la journée
Un bateau plus gros à quai, pour la nuit
Un oeil sur l'eau
Un autre sur les plumes
Une vie à chalouper.
Photographie©Anne Bonneau

lundi 26 décembre 2016

A cormorans et à cris

Moi je me disais comme ça, chouette, une virée avec les cormorans sur le lac Erhai, c'est de la petite ballade bucolique aux sons doux
Du flacotement d'eau sur les rames ( je sais, ça existe pas flacotement, mais ça veut bien dire ce qu'on entend, non?)
Des bruits d'ailes sous le vent ( je sais, on m'a bercé trop près de Montand quand j'étais petite...)
Le chant des pêcheurs au retour de la pêche
Bon, je me trompais sur tout, sauf sur le chant des pêcheurs
Au départ de la pêche
Parce qu'il faut bien amuser les touristes
des Chinois en brochette sur des barques armées, je dis bien armées, de filles en mégaphone qui enjoignent les béats armés, je dis bien armés, d'appareils photos de tous crins, à hurler pour encourager les cormorans à plonger
Je me suis demandée si ça ne dérangeait pas un brin les volatiles, ces huées
Leur propriétaire m'a soutenu mordicus qu'ils étaient bien plus peinards maintenant qu'ils jouaient pour les touristes...
Après ça, je me demande si j'aimerais tant voir Syracuse...
Photographie©Anne Bonneau

dimanche 25 décembre 2016

Noël, sous les hévéas

Ici aussi au Kerala
il y a comme
un parfum de fête.
Rien d’entêtant
rien d’écœurant
rien de trop.
Juste
un air de fête
qui se balance
dans les courants
que déplacent
les pèlerins
en route vers le temple
de Sabarimala.
C’est
la saison.
Photographie©Anne Bonneau

jeudi 22 décembre 2016

Vivre d'eau fraîche, et d'eau fraîche

Ils sont six familles à vivre encore de la pêche aux cormorans, au bord du lac Erhai
Ont-ils le choix?
Les enfants, deux fils - ces pêcheurs Chinois, membres de la "minorité ethnique Baï" ne sont pas tenus à l'injonction de l'enfant unique- travaillent dans des boutiques de souvenirs pour les touristes à Shangri-la
Leur mère précise qu'ils ont pu avoir un terrain, pour construire une maison au village, mais ils n'ont pas le droit de cultiver leurs légumes
Ils sont pêcheurs
Pas agriculteurs

Non mais.
Photographie©Anne Bonneau

mardi 20 décembre 2016

Trop propre pour être vivant...

De l'eau claire, des lentilles, des algues et des poissons
Un vent frais qui coule des montagnes de plus de 4000 mètres d'altitude
Une brume qui voile gentiment les villes nouvelles poussant comme shiitaké autour du lac
ça sent le frais, ça sent le propre, sur ce lac Erhai
Mais, il y a de moins en moins de poissons, et quasiment plus de pêcheurs...
            " Le gouvernement  a travaillé dur pour nettoyer le lac. il a introduit une variété de poissons qui nettoient les eaux. Mais du coup, on ne trouve plus les poissons sauvages traditionnels..."

        Yang Ying Zhu, pêcheur au cormoran
Photographie©Anne Bonneau

vendredi 16 décembre 2016

Les filles du quai

Au snack du p'tit quai
à Nuku Hiva
Marquises
il y a des filles
qui servent
qui font la cuisine
d'autres qui mangent
qui boivent
et discutent
et des qui font la vaisselle.
Et elles sont toutes mélangées.
Celle-ci
aux allures de princesse
je la prenais pour une touriste
avec son p'tit short
et ses yeux clairs.
En vérité en vérité
elle me servait mon sashimi
le lendemain
au p'tit dej.
Bon.
Celle-là est prof de gym
elle me l'a dit
mais elle donnait un coup de main
à emplir
les assiettes de méchoui.
Bon.
C'est ce que j'ai le plus aimé
au p'tit quai
je crois
ce mélange des genres
et surtout
surtout
cette gentillesse
cette affabilité
cette bienveillance
et le sourire perpétuel
de Sandra.
Ah, les filles du p'tit quai...
Photographie©Anne Bonneau

mercredi 14 décembre 2016

Bonne baie

Vue d'en haut
sur Google map
ou bien
du haut de la vallée
comme vous voulez
la baie de Taiohae
ressemble
au creux de mon bras
parfaite
pour abriter
pour chérir
ou consoler.
Vue d'en bas
elle est pareille.
Parfaite pour abriter
les bateaux
les femmes
et les chevaux.
Un port idéal
aux marées douces 
(quand il n'y a pas de tsunami, si si, y'en a, j'y étais, au dernier, un tsunami doux, mais un tsunami)
et aux sons merveilleux
pas trop de vent
du sable ici
pour glisser
sous la vague
des galets à l'autre bout
pour rouler dans mon micro.
Photographie©Anne Bonneau

lundi 12 décembre 2016

File, bourrasque!

File!
c'est un peu ce que m'a dit Sandra
alors que j'étais là
à siroter
mon jus de pamplemousse
en fin de repas.
"File, Anne, ça commence! Laisse tomber, tu paieras plus tard!"
J'ai filé
vers ces cérémonies
que l'on m'avaient promises
pour hier
ou avant-hier
et qui finalement
avait été repoussées
à cause du vent
ou je ne sais plus quoi
bref
je file
je suis le vent
le son des Pahu
et tombe sur une fête
parfumée comme un accueil
bruissante de chants
avec un gars
qui faisait escale
dans son tour du monde.
Yvan Bourgnon 
c'est le gars
à côté d'Henri.
Trop heureux d'être là
trop cool
trop souriant
trop au rythme d'ici
avant de repartir.
On a causé.
S'est serré la main
sa main
qui ressemble à un pied
tellement bardée de cals.
Yvan Bourgnon
le voyageur
qui a pris de la graine
des navigateurs du Pacifique
Photographie©Anne Bonneau


vendredi 9 décembre 2016

L'homme à la fleur




On s'est rencontré le premier jour
Henri
je veux dire
le premier de mes jours
à Nuku Hiva.
Et là
quelqu'un m'a soufflé
"Tu devrais lui parler"
Henri est assis au petit quai
après avoir passé des heures à la pêche
ou à l'école
ou à la mairie
ou tout ça
dans l'ordre 
ou pas
et il est là
chez lui
au snack
l'endroit
où tout le monde converge.
Une mine.
Je l'ai salué
et lui ai proposé de causer.
En précisant
qu'il n'y avait pas d'urgence
que je venais d'arriver.
Il a souri
on a causé
ce premier jour
et puis les jours d'après
et enfin
à quelques heures de mon départ
je me suis dit 
mince
et Henri?
Quand j'ai sorti mon micro
pour l'enregistrer
il m'a arrêtée.
A cueilli une fleur de tiaré
l'a posée sur son oreille
et là
il a causé.

Photographie©Anne Bonneau

mercredi 7 décembre 2016

Au p'tit quai

C'est là que j'ai posé mes premiers pas
en arrivant
à Nuku Hiva
au quai.
Au p'tit quai
et je devrais même dire
chez Henri
au p'tit quai.
Henri
il appelle cet endroit
simple et accueillant
"le centre du monde".
Si 
seulement
le monde
était à l'image
de ce centre-là
simple
et
accueillant.
J'ai passé du temps
beaucoup de temps
au p'tit quai
à causer
enregistrer
boire des jus
boire la lumière
du couchant
du p'tit matin
boire les sons
des voix
de la mer
juste
devant
des oiseaux
des poules
des accents.
Cadeau.
Photographie©Anne Bonneau

lundi 5 décembre 2016

Modeuse des champs

Hortense est chic.
Normal
c'est son fond de commerce.
Quand on la voit déambuler
sur les sentiers en diguettes
courant entre champs d'arachides et de haricots
pour se rendre à son hameau
franchement
elle pourrait être sur le tapis rouge
avec sa belle démarche chaloupée
et ses vêtements sur mesure.
Pourtant
en arrivant au hameau
nombreuses sont celles
qui portent tout juste un pagne
enroulé qui sous les bras
qui à la taille nue.
Mais Hortense est couturière
une affaire qui marche
entre les kakis des gamins
quelques vêtements pour l'occasion
quelques sacs pour Pauline
elle s'en sort.
Emploie des apprenties
achète une machine supplémentaire
avec l'aide de la tontine
petit à petit
mais droit devant
comme les pas qui la mènent
en une heure et demi
au village.
Ecoutez la dans "Instantanés du monde à Adjido" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie © Anne Bonneau

vendredi 2 décembre 2016

Allez voir ailleurs!

Vous aimez le blog "Instantanés du monde"?
Bonne nouvelle
voici un petit frère!
Il s'appelle "Goûts d'enfance"
et vous embarque
pour de petites tranches de vies
qui vous mèneront droit
à votre enfance sûrement
et à bien d'autres découvertes!
Un post par semaine
un goût à découvrir ici en deux minutes chrono
et la réaction des invités de Dominique Roederer dans Francosphère.
Nous attendons les vôtres,
réactions!
A bientôt!

De la ville

Comment Pauline a-t-elle fait
pour se faire entendre
des villageoises d'Adjido?
Elle qui est une femme de la ville
avec lunettes de soleil griffées et sac à main.
Elle qui se tient droite
et ne baisse pas les yeux
qui a son mot à dire
et qui le fait savoir.
D'abord elle est allée les écouter
avant même d'avoir l'idée
de les culpabiliser:
la région était connue
pour son trafic d'enfants.
Et puis aussi
elle a pris le temps
de manger un morceau avec elles
et de boire un coup.
Quitte
à sa prochaine visite
à apporter quelques Aquatabs
dans son sac à main.
Ecoutez-la dans "Instantanés du monde à Adjido" (cliquez ici pour l'entendre)
Photographie © Anne Bonneau

mercredi 30 novembre 2016

Pour cent francs

Pour cent francs
t'as plus rien?
Mais si
ici
au village d'Adjido, Bénin
pour cent francs
on te refait la tête!
Entendez,  une nouvelle coiffure.
Il y a une petite
qui s'est instaurée coiffeuse
et on se presse chez elle
il y a file d'attente.
Même Pauline, qu'on interviewe
-l'avantage de la radio!-
en profite pour se faire tresser
tandis qu'on lui pose des questions non stop.
Quand la coiffure est finie
l'interview aussi.
Bon.
Par chance, il a fallu marcher beaucoup
pour aller au fin fond des hameaux
les pauses
c'est bien aussi pour les interviews!
Ecoutez la vie au village
dans "Instantanés du monde à Adjido" (cliquez ici pour l'entendre)
Photographie © Anne Bonneau

lundi 28 novembre 2016

Mortes de rire

Marceline, Rosalie, Mélanie ou Hortense
ont passé quelques heures
à murmurer leurs horreurs
dans mon micro.
Des trucs tellement durs
que parfois
on n'écoutait pas
même en ayant le casque sur les oreilles
il suffit juste de laisser filer la voix
et se dire
qu'on verra
qu'on entendra
plus tard.
C'est pas toujours la bonne solution
vu qu'au dérushage
on est seule toute écoutille ouverte
et là
retour de bâton.
Bref.
C'était une interview sur les violences faites aux femmes
et toutes parlaient librement
et sans langue de bois.
Mais bon
quand on a dit qu'on ferait des photos
alors là
c'était une autre histoire:
il fallait qu'elles aient de l'allure
et du styyyyyyyyle!
Le téléphone portable
qu'elles se refilaient pour le cliché
était un accessoire indispensable
pour la classe.
Les rires fusaient
les estomacs se dénouaient.
Cette photo-là, elle fait du bien
pendant les dérushages
en tête à tête
avec les vies
toutes crues.
Ecoutez-les rire, et chanter aussi
dans "Instantanés du monde à Adjido" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie © Anne Bonneau

vendredi 25 novembre 2016

Pour des cacahuètes

Par chance le village d'Adjido
au Bénin
est situé en contrebas de la route.
Des camions y passent de temps en temps
oh et quelques voitures aussi
ça permet aux enfants
de se poster au bord de l'asphalte
pour vendre
des cacahuètes.
ça prend du temps
ça ne rapporte guère
mais il n'y a pas d'autre chose à faire.
Aller à l'école pourrait être une option
ça demande
une bonne constitution.
De bons mollets pour y aller à pieds
et tenir avec un seul repas par jour
dans l'estomac.
Pour briser ce cercle
Pauline propose aux femmes
de planter d'autres choses
et aussi d'élever
des lapins
des cochons
des moutons.
Une sorte de Perrette
sauf qu'elles sont plein
à prendre garde au pot commun.
Alors ça marche.
Ecoutez-les dans "Instantanés du monde à Adjido" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie © Anne Bonneau

mercredi 23 novembre 2016

Eau et gaz à aucun étage

Quand nous sommes arrivés à Adjido
avec Claudine et Mirabelle
les femmes étaient déjà là
dans une grande salle en dur
éclairé par la seule porte ouverte
et une fenêtre.
Mais enfin elles étaient là
ensemble
à peler des oranges qu'elles vendraient au prochain marché.
La journée s'écoulerait comme ça
jusqu'au seuil du crépuscule
car après
plus de lumière.
C'est un des problèmes ici
pas d’électricité.
Donc pas de télé.
Donc on a le temps de s'amuser
et d'avoir des tas d'enfants.
ça peut aussi
être un problème.
Quant à l'eau
n'en demandez pas trop!
Ah bon?
Pauline a décidé d'offrir plus
au trop peu
des villageoises.
De l'eau
potable
et
ses lumières.
Ecoutez-la dans "Instantanés du monde à Adjido" (cliquez ici vous l'entendrez)
Photographie © Anne Bonneau

lundi 21 novembre 2016

A vos marques, prêt...

Pas question de rester les mains dans les poches
(pas mon genre)
la bouche bée
(un peu mon style)
voire
les yeux humides
(Oui bon, ça va...)
quand l'accueil qu'on me fait
est "more than expected" comme on dit dans les questionnaires à cocher.
C'est un peu ça au Bénin.
Vous arrivez au village
et vlan
il y a boys mamas band
un groupe de femmes donc
qui sortent claps et voix
pour vous accueillir comme il se doit.
Z'avez intérêt à sortir de l'auto micro-branché-magnéto-qui-tourne-déjà
si vous voulez n'en pas rater un morceau!
Je me suis fait avoir une fois
par chance
je n'étais pas la guest star
(mais qu'est ce que j'ai avec l'anglais aujourd'hui, ça va pas?)
l'invitée vedette donc.
C'était Pauline.
Et comme elle est arrivée après nous
j'ai pu tout capter comme il faut sans trembler.
Ecoutez, dans "Instantanés du monde à Adjido" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie © Anne Bonneau

vendredi 18 novembre 2016

Au pain sec et à l'eau

Pas question de rigoler
ici
avec l'eau
à Khejarli.
Juste
lever 
les yeux
au ciel
et espérer.
L'eau.
Oui.
Bon.
C'est pas une raison
pour laisser
le chaland
assoiffé.
Alors
au temple
vous trouvez
de l'eau
dans ces pots
à discrétion.
Ecoutez Bakaramji Bishnoï parler de l'eau
sans rire
dans "Instantanés du monde à Khejarli" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

jeudi 17 novembre 2016

Éloge de l'austérité

Trois fois rien
c'est ce que l'on trouve
dans les cuisines Bishnoïs.
Et le plus précieux
est sans doute
ce petit tas de brindilles
plus                  
que les plats
noircis
par les ans.
Le bois
la bouse de vache
les deux combustibles
présents 
dans cette région éloignée des villes.
Et d'autant plus
dans la communauté Bishnoï
qui interdit
de couper 
le bois vivant.
Seules
les branches mortes
peuvent être utilisées.
A Khejarli, tout particulièrement
on ne badine pas
avec cette règle.
Ecoutez les villageois
vous prouver leur amour pour le bois
dans "Instantanés du monde à Khejarli" (cliquez ici pour entendre l'émission)

Photographie©Anne Bonneau

mercredi 16 novembre 2016

Des racines et du sang

Il parle de ses ancêtres
comme s'il avait
partagé
avec eux
les heures du massacre.
Il parle de ceux
qui vivaient là
au XVIIIème siècle
et qui ont donné 
leurs vies
pour sauver
leurs arbres.
Il dit "les nôtres"
et il jure
que si
demain
leurs arbres
étaient à nouveau
en péril
il donnerait alors sa vie
pour les sauver.
Et celle
de ses enfants
de ses petits-enfants
Ecoutez Bakaramji Bishnoï, dans "Instantanés du monde à Khejarli" (cliquez ici pour entendre l'émission) 
Photographie©Anne Bonneau

mardi 15 novembre 2016

Des dames, des femmes, des filles, des failles

C'est dans un village super trad'
du fin fond du Rajasthan
où les dames sont voilées
et se comportent comme autrefois
que nous nous sommes arrêtés
pour prendre un thé
dans une échoppe.
Comme d'hab.
Et là
dans cet antre de la tradition
c'était une gamine
qui faisait le thé.
Une adolescente au cheveux mi longs
qui flottaient 
librement
sur ses épaules.
En jean
et
tee-shirt.
Elle avait un regard effronté
sans sourire
et elle a levé les yeux au ciel
quand un chauffeur
lui a dit
"et tu les laves bien les tasses, hein!"
Le même regard
que les
ados
d'ici
quand elles ont le seum
Archi trad ici?
A voir...
à écouter
dans "Instantanés du monde à Khejarli" (cliquezici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

samedi 12 novembre 2016

Espèce de gourou

ça dure deux heures
chaque matin
la méditation
et le yoga
pour les 250 élèves de l'école.
Et ça rigole pas.
Il est comme ça
Dr Nambiar.
féru de discipline
bardé d'idées inoxydables.
Gourou?
Pas vraiment
pas religieux pour une roupie
adepte
-en témoignent les murs
couverts d'affiches
de maximes
et d'autres mots précieux-
du Mahatma Gandhi.
Méditation
yoga
prière avant les repas
Pas de la religion
juste
du bon sens
et du respect.
Ecoutez-le en parler
plus en finesse que moi!
dans "Instantanés du monde dans le Wayanad" (cliquez ici pourl'écouter)
Photographie © Anne Bonneau

vendredi 11 novembre 2016

Dissoudre la timidité

Elles veulent toutes
me chanter quelque chose
mais bon
pas si simple
de se lancer
comme ça
au débotté
dans le micro
d'une étrangère.
Certaines y vont franco
d'autres forment des groupes
quelques-unes
fondent
de timidité.
Pas grave.
je serai encore là demain.
Au petit matin
loin de la foule
elle s'avance
avec un petit papier
à la main
chiffonné dans la paume
sa chanson.
Elle vous l'offre
d'une voix sûre
dans "Instantanés du monde dans le Wayanad" (cliquer ici pour l'entendre)
Photographie © Anne Bonneau

jeudi 10 novembre 2016

Belles images

Il avoue
en murmurant
dans mon micro
que ce qu'il aime ici
c'est la couture.
Alors
bien-sûr
les copains
d'Aman
un garçon de douze ans
rigolent.
Bien-sûr.
Il ne posera pas
pour la photo.
Pas plus
que les donzelles
obligées de balayer la cour
elles s'envolent
en un bruissement de jupe
si je fait mine
de sortir
un appareil photo
Oh
Faut pas trop en demander
quand même
Alors.
Ecoutez les murmures d'Aman
les rires de ses amis
les espoir des enfants
dans "Instantanés du monde dans le Wayanad" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie © Anne Bonneau

mercredi 9 novembre 2016

Réfugiées

ça ressemble à un refuge de montagne
mais ce n'est pas un refuge de montagne.
Enfin
si
peut-être un peu
en fait.
L'internat des filles
de l'école
Pazhessi Raja.
Un refuge
dans les montagnes
du Kerala.
Spartiate.
Ici
les enfants des tribus des forêts
peuvent recevoir
une éducation
un châlit
une assiette pleine
une esquisse d'avenir.
Une pause
l'après-midi
pour jouer au karom.
J'adore ce son
frrrot-clac!
dans le dortoir désert.
Ecoutez-le
dans "Instantanés du monde dans le Wayanad" (cliquez ici pourécouter l'émission)
Photographie © Anne Bonneau

mardi 8 novembre 2016

P'tit déj' de rentrée

Deux galettes
une louche de pois-chiche.
Bon appétit!
Enfin non,
prière obligatoire
Om Om Om
Shanti shanti shanti
et c'est parti.
ça se passe comme ça
à l'école Pazhessi Raja
là-bas
au fond des bois
dans le Kerala.
Les élèves font la cuisine
ça fait grincer les dents
des parents
quand ils en ont encore
des dents
ou des parents.
C'est selon.
Allez, pour changer
faites la rentrée des classes
de cette école pas comme les autres
Ecoutez-la, dans "Instantanés du monde, dans le Wayanad" (cliquez sur ce lien pour écouter l'émission)
Photographie © Anne Bonneau

lundi 7 novembre 2016

En chasse!

Il arrive là
pour son cours
de l'après-midi.
Kerloo
c'est lui
le professeur.
Il apprend
aux enfants
de l'école  Pazhessi Raja
à tirer à l'arc
"Aux garçons seulement, les filles, ça les intéresse pas!"
Ah bon?
Bon.
En tout cas
c'est pas pour le fun
pas pour chasser non plus
"On n'a pas le droit. Faut y aller en cachette"
c'est juste
pour transmettre les traditions
aux enfants des tribus
qui oublient doucement
leur art de vivre.
Peut-être aussi
on pourra
un jour
faire des champions
de ces génies de l'arc.
Un jour
peut-être
quand les filles s'y mettront?
Ecoutez Kerloo l'envisager, dans
"Instantanés du monde dans le Wayanad" (cliquer ici pour écouter l'émission)
Photographie © Anne Bonneau

samedi 5 novembre 2016

Un assistant

C'est ça que je voulais
ce petit son
ce petit clapotis d'eau
surmonté des cris
des perroquets
à cette heure du soir
et des chants de l'arti
dans le temple.
J'attends le dévot
je tends mon micro
les femmes rigolent
j'explique.
Ah Avaaz! ( le son, en hindi)
les gars rappliquent
les femmes leur expliquent
se remettent à leur ablutions
que je capte illico.
Quand un gars arrive vers moi
son téléphone tendu
vibrionnant de musique
"ça, c'est du son, du bon son"!
le son de l'eau, quelle blague!
Je n'ai même pas grimacé
enfin peut-être un peu quand même
juste sourit. 
(coincé, le sourire)
et attendu
la prochaine volée de dévots
Ecoutez-les dans "Instantanés du monde à Bindu Sarovar" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

vendredi 4 novembre 2016

Olé!

Elle sont arrivées en courant
comme des vaches folles
elles ont passé le portillon
censé les arrêter
et ont fendu la foule
direct
à l'endroit
où le prasad
les offrandes sacrées
étaient posées
à hauteur de museau.
Les femmes ont protesté mollement
ne s'agit-il pas
après tout
d'un bon augure?
Quelques hommes ont essayé de les faire partir
j'ai fait comme tout le monde
creusé les reins
quand elles vous frôlent
de trop près 
en courant
Ecoutez-les dans "Instantanés du monde à Bindu Sarovar" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

jeudi 3 novembre 2016

Et ta mère, deuxième

C'est le seul endroit en Inde
où l'on peut pratiquer
le Matrugaya
la cérémonie
permettant
à votre mère défunte
d'éviter le cycle des réincarnations.
C'est ici
et nulle part ailleurs.
Car c'est ici
que le Dieu Kapila
a enseigné à sa mère
les voies du moksha.
C'est ici aussi
que le Dieu Parshuram 
a rendu grâce à la sienne.
Bon
Il l'avait tuée quand même, avant.
Eh.
Plongez-vous dans cet antre de l'amour maternel
et autres sentiments
inconciliables
avec
le détachement...
Dans "Instantanés du monde à Bindu Sarovar" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

mercredi 2 novembre 2016

La première et la dernière

On ne vient qu'une fois ici
à Bindu Sarovar.
Ils viennent nombreux
de partout
des centaines
des milliers
chaque année
une fois
dans leur vie
les bus les posent là
leur cheveux oubliés
ils redeviennent
des enfants
guidés pas à pas
par un prêtre
qui leur dit
que faire
que dire
comment tenir
sa main
sa voix
comment boire
poser
une feuille
sur la noix
des pétales
sur la flamme.
Ils suivent
la cérémonie
qui permettra
à leur mère défunte
d'accéder
au moksha.
Ecoutez-les dans "Instantanés du monde à Bindu Sarovar" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau