mercredi 28 juin 2017

Sortie des classes

Ils sont peut-être déjà venus le matin
certains pour voir
d'autres pour y travailler
au champ de course
de Port Louis.
Mais à l'île Maurice
on peut aussi
avoir plusieurs métiers.
Palefrenier le matin et le soir
employé de bureau entre les deux.
On les a rencontrés pour vous
ces hommes (eh oui, pas de femme en ces lieux pour l'heure...)
à double casquette
écoutez-les dans "Instantanés du monde au champ de mars"

mardi 27 juin 2017

Videur de boite

C'est son job
à Sébastien.
Videur
ou ouvreur
comme il vous plaira.
Alors dès quatre heures du matin
il arrive au boulot
sur le champ de course.
Attaché aux boites de départ.
Postez-vous à ses côtés
et vous découvrirez l'art de causer aux réticents
d'avoir l’œil sur les nerveux
de calmer les excités.
Sébastien est passionné par son job.
Pour un peu
il vous ferait essayer de manipuler
cet engin de précision
qui décide de tant de choses
dans la course
et même
à l'entrainement.
Ecoutez-le dans "Instantanés du monde au champ de mars"

lundi 26 juin 2017

Voyeurs du petit matin

4 heure du mat'.
Ils se pressent au-dessus de Port Louis
objectif
leur dose quotidienne.
Ils sont mordus.
Il leur faut.
Il faut qu'ils matent
dès potron-minet
le champ de course.
Fondus dans le crépuscule
ils se collent aux barrières
ils suivent nez au vent
l'oreille aux aguets
curieux de l'attaque
du trot
du poids.
Ils sont dingues de courses hippiques
alors dès que la saison commence
ils sont là
dès le matin.
Instantanés du monde les a rencontrés
ces hommes solitaires
pendus aux trots des chevaux
écoutez-les
ils causent
à force de nous retrouver chaque jour au seuil du jour
dans "Instantanés du monde au champ de mars"

vendredi 23 juin 2017

Madame la Présidente

Non elle n'est pas présidente
elle ne l'a pas été
pas élue
cette fois-ci
pas Présidente de la République
mais bien présidente de son parti politique.
Une place chèrement acquise
une bataille menée de longue date
à l'heure
où la majorité des donzelles convolent et procréent.
Ce que ne s'est pas abstenue de faire
Saran Sere Sereme!
Alors forcément, elle a du payer pour ça
convoyer des nounous dans ses voyages internationaux
et essuyer toutes les réflexions
que vous pouvez imaginer.
Ecoutez-la
dans "Vox Femina, Madame la Présidente".
Elle aussi, ça la fait rire, aujourd'hui.
De la vertu de l'oubli...
Photographie © Anne Bonneau

jeudi 22 juin 2017

Paroles de nuit

Elle n'avait pas de créneau libre
Fatmata Bance
pour discuter avec nous.
Rien qu'un soir en vitesse si on voulait.
Si on voulait?
Pour sûr!
Et comme souvent
le "en vitesse" a traîné
s'est juste arrêté quand l'appel à la dernière prière a retenti
et hop
a rebondi.
Là,
dans ces heures qui ne comptent plus
la journée achevée
les enfants scotchés devant la télé
c'était le bon moment
avec grillons en fond sonore
pour dévoiler
les choses qu'on n'avoue guère
quand on est confrontée
plongée
dans le monde du pouvoir
et que l'on doit jouer des coudes
pour sauver
sa réputation
par exemple.
Fatmata Bance le raconte en riant.
Aujourd'hui.
Ecoutez-la dans "Vox Femina, Madame la Présidente"
Photographie © Anne Bonneau

mercredi 21 juin 2017

Femme de terrain

A quoi reconnait-on un femme de terrain sur le terrain?
Pas à grand chose en vérité
ok Madame Nana
la maire de Kokologho
porte évidemment un bien joli collier
mais à part ce signe extérieur de
de quoi d'ailleurs?
Pas grand chose ne la distingue
des femmes venues au marché ce jour-là.
Enfin si
peut-être juste le nombre de personnes
la saluant
s'attachant à ses basques
l'entretenant
des choses de la ville
des choses de la vie.
La traversée du marché de Kokologho
a duré des heures.
On vous y emmène
en version expurgée
parce que bon
rien de tel qu'un micro de sortie
pour chanter louanges à tout vent!
C'est dans "Vox Femina, Madame la Présidente"
Photographie © Anne Bonneau

mardi 20 juin 2017

Femme de

Ici à Koumi,
petit village du Burkina Faso
on peut être reine
une vraie reine avec plein de pouvoir
et n'être pas pour autant
la femme
du roi.
De gauche à droite sur cette photo
la reine, que dis-je la reine,  la Reine, non mais
le Chef forgeron
et le Chef, ou le Roi, c'est selon.
Il en reste quelques uns encore
de ces territoires vivant
comme avant la colonisation
où la femme
avait son rôle à jouer
dans la société
et n'était pas seulement astreinte
à une composition
aussi
esthétique soit-elle.
Pour en savoir plus sur le rôle essentiel
des Reines
loin d'être une sinécure
écoutez "Vox Femina, Madame la Présidente"
Photographie © Anne Bonneau

lundi 19 juin 2017

Femme à temps complet

Cette semaine avec Clémence,
nous nous demandons
quelle place tiennent les femmes
en politique
au Burkina Faso.
Ok, on a tous en tête
les discours de Sankara
invitant, incitant, alpaguant la donzelle
à prendre place dans la société politique
oui
bon
mais
dans un pays
où dès son plus jeune âge
la demoiselle a déjà fort à faire
en gestion des ressources
du peu de vivres
du peu de combustible
du peu de liquide
dans tous les sens du terme
et du pas-du-tout-peu d'enfants
est-ce qu'on peut
alors
encore
plonger tête baissée
dans le nid de vipères
de la politique locale?
A votre avis?
Vous serez surpris du couple femme-politique
en écoutant
"Vox Femina, Madame la Présidente"
Photographie © Anne Bonneau

vendredi 16 juin 2017

En baver, et plus

Comme tous les étudiants en droit
Maître Marie-Elise Gbedo a bûché dur
pour réussir ses examens.
Et comme si cela ne suffisait pas
elle s'est dit
tient
et si on s'attaquait
aux droits des femmes
dans mon pays
le Bénin?
à côté de ce qu'elle a pu endurer
des partielles corsées
ça équivaut à une tasse de thé.
Instigatrice du code des personnes et de la famille
que l'on appelle "le code Gbedo"
Maitre Gbedo avoue qu'elle était sans doute la plus acharnée dans l'histoire.
"Manque de pot pour moi, j'ai divorcé à ce moment-là,
ce qui était mal vu,
alors je savais que je n'avais plus rien à perdre,
on m'a traitée de TOUS LES NOMS!
J'avais une masse d'injures qui me suivaient
alors je me suis dit
tant qu'à y aller
faut y aller!"
Il faut écouter cette dame d'exception
qui vous file la pêche
en trois phrases bien assénées!
Elle parle de sa lutte contre le lévirat
et de son incapacité
à faire appliquer les lois
qu'elle s'est battue à faire mettre en place.
Sans flagornerie donc.
"Vox Femina, le frère de mon mari est mon mari"
est en podcast
ici.
Photographie © Anne Bonneau





jeudi 15 juin 2017

Bois vert et autres saillies

Nous avons été reçues
pour parler du lévirat
-cette tradition de remarier la veuve
au frère de son défunt mari-
dans le fief de la tradition béninoise
entendez
Ouidah.
Nous étions chez un chef spirituel vaudou
au nom aussi long
qu'un jour
sans pain
et au protocole aussi lourd
qu'un estomac noué par la peur.
Et bien sûr le monsieur défendait le principe
avec forces argumentations
que mes collègues Claudine et Mirabelle enregistraient
stoïques.
Stoïques ou impressionnées?
Ni l'un ni l'autre en vérité.
je les ai admirées se rebeller
l'une
coupant le sifflet du grand homme
en lui demandant tout de go ce qu'il entendait exactement par
ce qu'il appelait depuis trente minutes
"la femme respectueuse"?
Et l'autre en explosant quand l'homme dédaigneux
évoquait une juriste dévouée à la cause des femmes
en la qualifiant de "femme soit-disant intellectuelle"
"Vous pouvez enlever le soi-disant!"
rétorqua Mirabelle
Je ne sais pas si c'est l'effet crocodile
tapi longtemps sans bouger
et clac
qui a laissé notre homme bouche bée.
Moi je les ai trouvées pas dégonflées
ces donzelles
dans cet entretien au crépuscule
en pays
vaudou.
Ecoutez-les dans "Vox Femina, le frère de mon mari est mon mari"
Photographie © Anne Bonneau

mercredi 14 juin 2017

Le coeur et la raison

Avant de s'énerver
-oui, il y a de quoi s’énerver-
on a tout de même cherché
à savoir
pourquoi
DIABLE
le lévirat se pratiquait, et se pratique encore!
Faut chercher dans l'ancien testament
c'est une loi hébraïque
qui s'est propagée comme la vermine
promettant à la veuve
de rester sous la couple d'un homme 
qu'elle n'a pas choisi qui plus est!!!!
de bénéficier de la protection
de la famille
dans laquelle
elle est devenue
femme (et mère, bien évidemment, sinon, ça ne compte pas
quoique, elle pourrait
assurer la lignée
via le frère de son défunt époux
ça
c'est
admis...)
et aussi lui refiler toutes les possessions du défunt mari, voire les siennes par la même occasion.
ça, c'est la raison.
Avant de nous énerver
avec notre coeur
nous avons donc
écouté
tout
ça.
Un prêtre catholique nous en a parlé
un chef spirituel vaudou s'est assuré que nous avions bien compris
avec des mots
bien
choisis.
Ecoutez-les
dans "Vox Femina, le frère de mon mari est mon mari"
Photographie © Anne Bonneau

mardi 13 juin 2017

Privée de sortie

Il est une tradition
au Bénin
- oh, et dans de nombreux autres pays!-
qui consiste
à priver
une femme fraîchement veuve
de toute possibilité
de sortie.
On ne parle pas de sortir danser
courir
chanter à la messe
ou voir ses copines.
Non.
Sortir
tout court.
Sortir de sa cour
sortir de sa chambre
sortir pour aller bosser
pour se laver
pour nourrir ses enfants.
Tout ça, dès que son mari trépasse
ça devient impossible
interdit.
Interdit par?
La Tradition.
C'est un état de fait qu'on a sélectionné
pour notre série
"Violences faites aux femmes".
On les a rencontrées
toutes celles
cloîtrées
des semaines
des mois
oui aussi
des années
par
la
tradition.
Ecoutez-les,
dans "Vox Femina, le frère de mon mari est mon mari"
Photographie © Anne Bonneau

lundi 12 juin 2017

Si ce n'est lui, c'est donc son frère...

C'est kif-kif,
dirait-on ailleurs.
C'est la règle
-défendue-
ici au Bénin.
Le lévirat.
Jamais entendu parler?
Moi non plus, avant de me plonger dans le sujet
avec Claudine et Mirabelle.
Le lévirat kezako?
Ben, si ce n'est lui c'est donc son frère.
Allez, cas concret explicatif:
vous épousez René*
hélas, René vient à trépasser
ben toc
lévirat
on vous colle
Jean
le frère de René
comme mari bis.
Si Jean est déjà marié?
Eh, oh, ne tergiversez pas,
on peut être polygame, tout simplement, non?
Non?
Non
pas plus que de pratiquer le lévirat.
Mais, Mirabelle, Claudine et moi
on en a rencontré plein
des femmes astreintes au lévirat.
Interdit, ou pas.
Ecoutez-les,
dans "Vox Femina, le frère de mon mari est mon mari"
Photographie © Anne Bonneau

* toute ressemblance avec une quelconque réalité est totalement fortuite et ne peut en aucun cas permettre que l'on me traitât d'oiseau de mauvais augure ou autre sorcière à la bile noire.

vendredi 9 juin 2017

Sa voix

Elle s'était vraiment pété la voix
Johnise
et ce n'est pas parce qu'on l'avait lessivée interviewée juste avant!
Non, non, on n'y est pour rien
elle est bavarde Johnise c'est tout!
Bref, le soir du concert
ça sortait genre Jeanne Moreau demain
et c'était beau bien-sûr
et on l'adorait comme ça bien-sûr
et on lui criait bien-sûr
à s'en péter la voix.
Parce que Johnise aux Seychelles est une icône
et même une icône éraflée
on l'adore.
De quoi on parlait tant avant le concert?
Des violences faites aux femmes
dans ces contrées paradisiaques
où le silence est roi
le linge sale se lave en famille
et les commérages vont bon train.
Elle nous disait tout ça Johnise
C'est ça qui lui aurait cassé la voix?
Photographie © Anne Bonneau

jeudi 8 juin 2017

A suivre!

Elle se sont succédées durant des heures
sur la scène
ces brochettes d'artistes
de femmes, uniquement
et cette gamine n'en perdait pas une miette.
Scotchée -comme nous tous-
par la magnifique énergie
la joie contagieuse
l'envie d'en être
de ces musiciennes convaincues
convaincantes.
Ok, il y avait bien quelques "kalomel"
quelques chansons d'amour mièvres
et autres miroirs aux alouettes
mais il y avait aussi
la liberté de mouvement de l'une
la voix rauque de l'autre
la rage de toutes
et le regard de cette enfant
ruisselant d'étoiles.
Marie-Claude et moi
on avait fait des interviews de femmes battues toute la journée.
ça nous a fait du bien
cette pause.
On en parle aussi
de ces ponts pour les enfants
de ces rampes de lancement au bonheur et à la liberté
dans "Vox Femina, une si jolie petite famille", écoutez en cliquant ici.
Photographie © Anne Bonneau

mercredi 7 juin 2017

Femme artiste, ou pas

Bien-sûr qu'on a le droit de danser
et chanter aussi
bien-sûr qu'on a le droit de jouer d'un instrument de musique.
De donner des concerts?
D'être célèbre?
De partir en tournée...
Oula.
Pas si simple de laisser pousser sa fibre artistique
ici ou ailleurs
quand les conventions
invitent plutôt les femmes
à rester dans l'ombre.
La lumière oui
à condition d'assurer à côté le confort
de la maison
des enfants
"Et des hommes surtout!" ajoute Angélique, qui sait porter son nom, quand il faut.
Et toutes de rire.
Jaune?
Ecoutez-les dans "Vox Femina, une si jolie petite famille", en cliquant ici
Photographie © Anne Bonneau

mardi 6 juin 2017

La tradition, dit-elle

Il fallait attendre
le début du concert
car pas question qu'il ne commence
avant le lancement officiel
par un ministre
-je ne sais plus lequel-
on a attendu
et écouté les filles répéter
dans un container transformé en loge.
Et puis bien-sûr on a discuté
de la place de la femme
puisque le concert était intitulé
"Fanm Dan Zil".
Avec une artiste Rodriguaise
on a évoqué le rôle de la femme
et "la tradition"
qui gène parfois aux entournures
pour pouvoir
par exemple
s'exprimer avec un violon.
Alors parfois bien-sûr, ça grince.
Ecoutez-la dans "Vox Femina, une si jolie petite famille", en cliquant ici pour entendre l'émission.
Photographie © Anne Bonneau

lundi 5 juin 2017

Sourire à l'instant

On dirait presque qu'on lui a demandé de sourire
à Brigida.
Mais non,
ça
ça n'aurait pas été possible.
Pas après ce qu'elle nous a murmuré
au creux du micro
porte de fer close
mais les yeux droits dans les vôtres.
Son sourire tiré
crispé
peut-être est-il juste
le reflex
de l'appareil photo
qu'elle ne refuse pas.
Les mots non plus
ne lui sont pas refusés.
Pourtant
elles sont nombreuses comme elle
à se taire
voire
à nier.
Mieux
elle tient à parler
en français
pour que tous l'entendent
aussi
là-bas
pas seulement ici.
Cette semaine "Vox Femina " vous emmène aux Seychelles.
Il y aura des bleus.
Pas ceux que vous attendez.
Ecoutez, "Vox Femina, une si jolie petite famille" en cliquant ici.

Photographie © Anne Bonneau

vendredi 2 juin 2017

Comme on peut

Elles sont une pincée
de sœurs
avec Sœur Adeline
pour veiller sur la flopée de donzelles
recueillies ici.
Elles les reçoivent en petits morceaux
et font comme elles peuvent
avec tout leur amour
et leur manque de savoir
ça c'est Sœur Adeline qui le dit
"On n'est pas psychologue!"
alors que faire
quand on manque de moyen
les accueillir au moins
et arrêter de dire
soit c'est parfait, 
soit on ne fait rien.
Et puis bien-sûr
"On prie pour elles!"
Ecouter Sœur Adeline
du diocèse de Kaya
parler sans langue de bois
dans "Vox Femina, Moi, Sandrine, 15 ans, mariée" (cliquez ici pour l'entendre)
Photographie © Anne Bonneau

jeudi 1 juin 2017

Le champ derrière les murs

Comment faire pour nourrir
une troupe de réfugiées?
Planter, cultiver, semer, récolter.
Le problème ici
pour ces jeunes filles
promises
à des hommes plus vieux
et déjà bien mariés
c'est qu'elles sont fort recherchées
par leurs familles bafouées
par leur refus
de coopérer
donc
d'épouser.
Elles se cachent ici
et le petit champ
où elles cultivent arachides et haricots
est clos de murs
piqué de tessons de bouteilles.
Le chant des oiseaux passe
l'air frais aussi
les cris 
aussi
sans doute.
Ecoutez-les dans "Vox Femina, Moi, Sandrine, 15 ans, mariée" (cliquez ici pour entrer dans le champ derrière les murs)
Photographie © Anne Bonneau

mercredi 31 mai 2017

A l'Est, du nouveau

C'est un petit village
à l'Est
à côté de Dori
à la frontière du Burkina et du Mali
un endroit où des gars sans uniforme se baladent avec des armes
mais où le monde s'arrête d'un coup
quand on lève le drapeau.
Un petit village en marge de cette vie-là
où l'on tente de cultiver
de se nourrir
de grandir.
Un village dans la ligne de mire de Fadima Sanogo
qui lutte pour qu'ici
les gamines poursuivent un tantinet leurs études
au lieu d'être mariées fissa
tout juste les dents de lait tombées.
Aïcha était un tantinet impressionnée
au micro de Clémence
mais sa maman elle
avait très envie de parler
après quelques heures passées dans leur cour
et bien après les conversations obligées
avec les notables.
Ecoutez-la dans "Vox Femina, Moi, Sandrine, 15 ans, mariée"
Photographie © Anne Bonneau

mardi 30 mai 2017

Sort commun

Elles sont une quarantaine de filles
au foyer Maria Goretti
beaucoup moins qu'autrefois
même si chaque mois
apporte son lot de rescapées
du mariage précoce.
Elles arrivent ici
bouleversifiées
et prennent leur tour
dans les tâches minuscules
de la vie
quotidienne.
Tourner le frichti 
même si la fumée pique les yeux
ça va.
Et quand la fumée pique les yeux
on voit moins les larmes couler
alors
ça va.
Partagez le quotidien
des filles 
recueillies ici
dans "Vox Femina, Moi, Sandrine, 15 ans, mariée" (cliquez ici pour les entendre rire et chanter, aussi)
Photographie © Anne Bonneau

lundi 29 mai 2017

C'est le jour des mariages!

On n'était pas à Bamako
ce dimanche avec Clémence
mais à Ouagadougou.
Et là aussi
c'était le jour des mariages.
C'est justement pour cela qu'on était là
pour capter du son
mais bon
histoire de ne pas arriver comme des intrus
Clémence s'était même débrouillée pour nous avoir une invitation
une cousine ou un cousin
donc on avait un alibi
pour arriver avec micros et bonnettes.
Ok on s'est trompé de mariage
faut dire qu'il y en avait à la chaîne
ce n'était pas la bonne cousine
mais vu la foule qu'il y avait
personne n'a tiqué sur notre présence
tous micros dehors.
C'était bien de pouvoir en rire
vu que notre sujet était sur les mariages forcés
genre
mariage d'enfants pré-pubères
et que des vrais mariés
ça nous faisait un sacré bol d'air.
Ecoutez le vrai sujet
il est intitulé "Vox Femina, moi, Sandrine, 15 ans, mariée".
Photographie © Anne Bonneau

vendredi 26 mai 2017

Le chant entre les barreaux

Quand elle évoque son séjour en prison
Raoudha est précise
incisive
ne fait grâce d'aucun détail
sans tomber dans le pathos néanmoins
une sorte de détachement l'habite
même quand elle se remémore les pires moments
la torture
le cachot.
En revanche
quand on évoque 
les chants
créés dans les prisons
en résistance
son visage s'absente
se souvient
ses lèvres murmurent
ce chant
de fond de mémoire.
Sont-ce les paroles
la mélodie?
Mais alors là, 
loin du discours mûri
la voix se brise
les larmes coulent
les digues lâchent.
Une ritournelle
que Raoudha entendait
plongée dans le noir
du cachot.
Ecoutez-la dans "Vox Femina, femmes derrière les barreaux" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie © Anne Bonneau

jeudi 25 mai 2017

Sucré-salé

On a marché longtemps
dans les couloirs de la prison de la Manouba
ouvert
fermé 
des portes
salué les gardiennes
les détenues
laissé tourner l'enregistreur
laissé traîner le micro
les yeux
dans le moindre recoin
pour tout saisir
malgré le pas de course imposé
les raccourcis
les courants d'air
les bruits.
Et tout à coup
on nous a fait entrer
dans une clarté 
chaude et tranquille
dans un des ateliers
qui occupent les détenues
leur permettent aussi
de gagner leur vie
ici
en détention.
C'était l'atelier de pâtisserie
pâtisserie orientale.
Comprenez
tout sucre et tout miel.
A première vue
un lieu de rédemption.
Au fil des conversations
le sel des larmes
l'amertume du ressentiment
sont venus apporter
un peu de nuance
à cette enclave dorée
au sein de la prison.
Ecoutez ces pâtissières à part
dans "Vox Femina, femmes derrière les barreaux" (cliquez ici pour entendre l'émission)

mercredi 24 mai 2017

La mémoire longue

Elle se souvient de tout.
De son soulagement
d'avoir enfin été arrêtée
et menée en prison
après des mois
des années
de surveillance
de harcèlement.
Roaoudha n'est en fait jamais sortie de prison
même quand on la rencontre aujourd'hui
dans son bureau glacial
de la ligue des droits de l'homme.
Détenue d'opinion à 25 ans
elle se rend encore
en prison
pour que les conditions de détention
ne soient peut-être plus
exactement les mêmes
que les siennes.
Elle les évoque
sans pudeur
et avec lucidité
dans "Vox Femina, femmes derrière les barreaux" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie © Anne Bonneau

lundi 22 mai 2017

Allez directement en prison

On aurait bien aimé avec Inès
aller directement en prison.
Car c'est le thème de ce numéro de Vox Femina
"Femmes derrière les barreaux".
Sauf que
on ne voulait pas de nous
en prison.
C'est cette femme au grand coeur
Marie-Alix
qui nous a ouvert les portes de la prison de la Manouba.
Elle y vient toutes les semaines
visiter celles qu'elle appelle maintenant
"ses amies".
Elle avait au bras
son sac à main
et
un petit garçon
qu'elle emmenait voir sa maman.
Autant dire
que nous lui avons collé aux basques.
Nous ne sommes pas allées très loin.
En nous voyant débarquer derrière elle
les sourires des gardiennes se sont éteints
et nos bises ont claqué dans le vide.
Ce n'étaient que nos premiers pas
en prison.
Les autres suivront.
Ecoutez toutes celles que nous avons rencontrées
qui ont bien voulu
témoigner de leur présence ici
dans "Vox Femina, femmes derrière les barreaux"
Photographie © Anne Bonneau

vendredi 19 mai 2017

Au boulot les filles!

On avait rencontré Aïcha
- qui s'appelle Aïcha comme moi-
avec Ange, Crisbille ou Line
- qui s'appellent Ange, Crisbille ou Line comme moi-
dans le petit local où elles se rassemblent
en catimini
dans une banlieue de Cotonou.
Mais enfin, les conversations au creux des murs
donnait un ton
un tantinet
mais-quelle-est-donc-cette-secte?
Alors Aïcha nous a proposé de venir avec elle
à son boulot
qu'on goûte à sa vrai vie
et pas celle du chuchotement obligatoire
des gays qui ne peuvent se montrer en ses contrées.
Aïcha c'est tout le contraire.
Elle vous mène dans ses champs
une brousse qu'elle veut faire fructifier
elle s'émerveille de l'air
de la fertilité de la terre
de la simplicité de la vie.
Parfois.
Ecoutez-la, dans "Vox Femina, pour vivre heureuses, vivons cachées"
Photographie © Anne Bonneau

jeudi 18 mai 2017

Vivre!

Elle est vraiment large
la plage de Cotonou.
Aussi large que les idées de ses habitants?
En tout cas, c'est à la plage
que les filles peuvent se retrouver
blaguer
vivre
enfin
ce que tous et toutes veulent vivre à vingt ans!
Les filles qui préfèrent les filles
sortent en groupe
à la plage ou en ville
histoire de noyer le poisson
ou font du sport
histoire là encore
de se fondre dans une uniformité permise.
Evidemment quand les désirs de maternité s'imposent
tout devient plus difficile.
Etre homosexuelle au Bénin
elles vous racontent dans "Vox Femina, pour vivre heureuses, vivons cachées"
Photographie © Anne Bonneau

mercredi 17 mai 2017

Qu'est ce qu'on risque?

Qu'est ce qu'on risque
à montrer son homosexualité
quand on est une fille
Béninoise?
La prison pour outrage à la pudeur.
Et si on ne montre rien
mais que l'autre comprend
l'éviction de la sphère
de façon plus ou moins
brutale.
Même si l'autre est son patron
sa mère
sa soeur
ou celui qui voudrait bien devenir votre mari.
Elles racontent
celles qui se sont ou non déclarées
celles qui se sont mariées pour avoir la paix
celles qui ont peur
celles qui se terrent
et parlent bas.
mais parlent.
Dans "Vox Femina, pour vivre heureuse, vivons cachées"
Photographie © Anne Bonneau

mardi 16 mai 2017

Tu seras une fille ma fille

Pas si simple dans les pays occidentaux
de faire entendre son altérité.
Alors que dire des sociétés traditionnelles
où le moindre dérapage
peut vous faire basculer
de l'autre côté de la vie.
Etre homosexuel en Afrique de l'Ouest
n'est pas une sinécure.
Etre homosexuelle
encore moins.
Pour comprendre
à quel point
nous avons rencontré
celles qui malgré les risques
-se faire piéger par les médias en est un...-
ont accepté de nous parler de leur parcours
ses embûches
et ses plaisirs.
Ecoutez-les.
Elles ont toutes changé de nom
changé de voix.
Car enfin, on ne sait pas.
C'est dans "Vox Femina, pour vivre heureuse, vivons cachées"
Photographie © Anne Bonneau

lundi 15 mai 2017

L'homme de l'ombre

Nous avons rencontré Calixte Houedey
au coeur d'un orage.
Pluie torrentielle, éclairs et autres foudres d'enfer.
Pour de vrai.
Il est vrai que le sujet qui nous intéressait
était particulièrement effrayant pour mes collègues
peu aguerries
à se frotter
à des mœurs
qui leurs sont
au mieux
étrangères
au pire
cataloguées au rayon des horreurs et insanités.
Puisque dans notre programme Vox femina
nous souhaitions traiter
des violences faites aux femmes
homosexuelles.
Calixte a été la clé.
Le professeur d'université
qui a posé les mots
dans les oreilles de Claudine et Mirabelle
et leur a permis d'entendre
ce qu'elles ignoraient
et de répondre
aux mille questions que ce sujet leur posait.
Calixte Houedey, sociologue, préparant une thèse sur l'homosexualité en Afrique de l'Ouest
est donc bien présent dans leur sujet.
Mais pas que.
Ecoutez-le dans "Vox Femina, pour vivre heureuse, vivons cachées"
Photographie © Anne Bonneau

vendredi 12 mai 2017

Une femme qui parle

Je suis tout de suite tombée sous le charme
de Marie-Claude.
Nous l'avons rencontrée car elle a été
toute jeune
une domestique
quittant son petit village
pour la grande ville.
Marie-Claude n'a pas la langue dans sa poche
avec ses frères et ses cousins
elle boit le dolo
discute et s'enflamme
dans des conversations dont je ne pipe mot.
Mais c'est bien aussi de ne rien comprendre
pour observer.
Elle cause, elle rit, elle boit,
et elle raconte
son enfance de petite bonne.
Les raisons qui l'ont poussée à partir
à revenir
à claquer des portes (on la croit!)
et la chance qu'elle exprime
d'avoir pu
les ouvrir
ces portes
qui lui ont
ouvert
la vie.
Ecoutez Marie-Claude dans "Vox Femina, leur maison, ma prison"
Photographie © Anne Bonneau

jeudi 11 mai 2017

Pas assez de tout

C'est un gros souci
pour les dames de la ville
la saison des pluies.
Pas par manque de parapluie
mais par manque
de main-oeuvre.
Les enfants domestiques rentrent alors aux villages
où les bras sont nécessaires
pour les plantations.
Entre deux saisons
ils reviennent à la ville
chez leur patron où d'autres
des "placeuses" sont organisées
pour y suppléer.
C'est pas par plaisir
juste par manque de tout
qu'on se sépare de ses petits
dès l'âge de huit ans.
Écoutez les mamans vous expliquer
pourquoi
comment
elles font
avec leurs petits travailleurs
et leur coeur.
C'est dans "Vox Femina, leur maison, ma prison".
Photographie © Anne Bonneau

mercredi 10 mai 2017

Grande fille

Ici, au Burkina
l'âge où l'on fait du vélo
en pétrouillant
parce "qu'on-dirait-que-ce-serait-une-moto"
( oui oui les filles jouent aussi à ça, croyez-moi!)
c'est aussi l’âge
où l'on veille les petits.
Petits frères et sœurs
cousins
voisins
voire
enfants des employeurs.
Parce que c'est comme ça
ici
au Burkina
on a davantage confiance
à confier ses enfants
à
des
enfants
qu'à des adultes
aussi qualifiés soient-ils.
"Les garderies? C'est un truc de blancs!" m'a avoué la collègue de Clémence!
Voilà pourquoi
entre autre
les enfants font du vélo
seulement
quand ils n'ont pas de boulot.
Ecoutez le sujet sur les enfants domestiques
intitulé "Vox Femina, leur maison, ma prison"
en cliquant ici.
Photographie © Anne Bonneau

mardi 9 mai 2017

Pas peur

On a tout imaginé
quand on préparait ce sujet.
On a trop imaginé
et peut-être aussi le pire
et j'avoue je me suis dit
bon
cela ne va pas être de la rigolade
et j'ai intérêt à m'armer
me cadenasser
pour plonger dans le monde
des enfants-esclaves
soumis
au sein des foyers
aux pires horreurs de la terre.
En vérité en vérité
et encore une fois
c'est toujours moins pire
je veux dire
plus sain
de regarder sur le terrain
plutôt que de balayer d'en haut,
les yeux voilés par les statistiques
plus sain
je veux dire
plus humain
et donc
moins difficile
de comprendre
et
de ne pas juger
de ne pas vouloir
à tout prix
se faire peur.
On vous emmène avec Vox Femina
dans "Leur maison, ma prison"
Ecoutez, ça ne fait pas peur.
Photographie © Anne Bonneau

lundi 8 mai 2017

Les femmes et les enfants

Cette semaine Clémence Tuina va vous emmener loin.
On commence dans son bureau
et jusqu'ici tout va bien.
On rencontre ses collègues
et puis on file au sud
on s'arrête aux marchés
on se pose dans les villages
bref
on s'interroge
on cherche à savoir
à comprendre
pourquoi
tant de fillettes
sont envoyées
comme domestiques
dans les villes du Burkina.
ça n’empêche pas de sourire
de rire aussi
de se moquer
de soi et de la vie.
Suivez-nous et écoutez
"Vox Femina, leur maison, ma prison" en cliquant ici.
Photographie © Anne Bonneau

vendredi 5 mai 2017

De la beauté

Pour savoir ce qu'on a le droit
le devoir
de montrer
quand on est dans la rue
en Tunisie
nous sommes parties, Inès et moi
dans les salons de beauté
histoire d'entendre parler
des usages
de la bienséance
et autres protocoles
histoire de savoir
en quoi cela engage
de sortir
attifée ou pas
dans la rue.
Nous voilà atterries chez Souhad
et à la porte
on ne peut que buter
sur le bagou de Suzanne.
Dès qu'elle dit "Mon fiiiiiiiiiils!"
je vous jure
c'est comme si vous y étiez!
Là, dans le salon de Souhad
on parle du dehors
avec des airs craintifs
mais là, entre le bac et le séchoir
derrière le rideau de lamelles de plastique anti-mouche
on jase
on cause
on chante
on rit
on se montre son dernier soutif
les sms de son chéri
bref
la vie.
Ecoutez-les, dans "Vox Femina, prendre l'air, prendre des risques" (cliquez ici pour l'entendre)
Photographie © Anne Bonneau

jeudi 4 mai 2017

La femme qui n'avait pas de rue

Bien-sûr qu'elle a une rue
Olfa Youssef
Bon
faut déjà la trouver
mais quand on y est 
pas difficile de repérer sa maison
c'est celle devant laquelle
veillent nuit et jour
des policiers.
Privée de rue
pour cause de danger
privée d'extérieur
pour cause de menace de mots
de menace de mort
privée de liberté ?
Pas de celle de parler!
Olfa est visée car elle parle de la rue
entre autre
de la femme dans la rue
de la femme dans le monde
de la place de la femme
dans les livres
et aussi
et surtout
dans le Coran.
ça déplaît fort.
Elle a des mots passionnants à partager
sur la femme
son voile
sa rue
sa liberté.
écoutez-là, dans "Vox Femina, prendre l'air, prendre des risques" (cliquez ici pour entendre le rire et les mots d'Olfa)
Photographie © Anne Bonneau

mercredi 3 mai 2017

Des mots pour pavés

On la connait parce qu'elle écrit
Shams Radhouani Abdi
mais quand elle parle
ses mots sont des oiseaux
ou des pavés qui volent
dans les manifs
c'est selon
selon
son inspiration.
Mais alors pour une fois
ne vous fiez pas
pas uniquement
à sa voix mélodieuse
son français chantonné
telle une petite fille
qu'elle est loin d'être.
Même si elle avoue
j'ai peur
ça n'a rien d'un lamento
juste
qu'elle n'a pas
la langue de bois.
Même si ses mots chantent
et sourient
elle n'a rien mais rien
d'une ingénue
ou d'une ravissante idiote.
Derrière son engagement lucide
il y a des heures de réflexion
de débats 
de lectures
et des kilos de courage.
Ecoutez Shams
parler de slam
de rue
de droits
de provocation
dans "Vox Femina, prendre l'air, prendre des risques" (cliquez ici pour l'entendre) 
Photographie © Anne Bonneau